Pourquoi les personnes sensibles développent parfois des croyances pour survivre à des schémas d’écrasement invisibles

Table des matières
1 Un mot de contexte pour comprendre la situation. 2
2 Pourquoi certains EPS développent des croyances pour survivre à l’incompréhensible. 3
2.1 Préambule – un sujet délicat, une intention claire. 3
2.2 Quand la répétition devient insupportable à penser 3
2.3 Le cerveau humain ne supporte pas l’absurde durable. 4
2.4 La croyance comme anesthésiant existentiel 4
2.5 Pourquoi cette croyance apparaît surtout chez les EPS. 4
2.6 La croyance n’est pas l’erreur, elle est le symptôme. 5
2.7 Ce que change une grille de lecture incarnée. 5
2.8 Ne pas arracher la béquille, offrir un sol 5
2.9 Quand l’EPS croit être seul à vivre cela. 6
2.9.1 De la douleur vécue comme personnelle à une réalité systémique invisible. 6
2.9.2 Quand la douleur devient silencieuse, elle semble unique 6
2.9.3 Ce que l’EPS ne voit pas encore. 6
2.9.4 Le piège des masques de bienveillance. 7
2.9.5 La croyance permet de combler l’absence de lecture systémique. 7
2.9.6 Ce que cet éclairage change profondément 7
3 Comprendre permet de transformer la souffrance en libération. 8
V01-12/25
Lorsque la souffrance se répète dans la vie d’une personne sensible, sans explication claire, sans reconnaissance, et malgré des efforts constants pour comprendre, aimer et apaiser, le cerveau humain se retrouve face à une impasse.
Il ne peut rester longtemps dans l’absurde.
Il cherche alors un sens, une logique, une cohérence qui permette de tenir debout.
Chez de nombreux EPS, cette quête de sens prend parfois la forme d’une croyance protectrice : l’idée que ce qui est vécu serait le prix à payer d’une faute passée, d’une dette ancienne, voire d’une vie antérieure qu’il faudrait expier. Cette croyance offre un cadre explicatif rassurant, elle transforme une souffrance incompréhensible en épreuve signifiante, et permet de supporter l’injustice ressentie.
Cet article ne cherche ni à juger ni à invalider ces croyances. Il propose d’en comprendre l’origine, le rôle protecteur, et surtout le contexte relationnel et sociétal qui rend leur apparition si fréquente chez les personnes sensibles, afin d’ouvrir une autre lecture possible, plus incarnée, plus humaine, et moins culpabilisante.
1 Un mot de contexte pour comprendre la situation
Les mécanismes décrits ici ne naissent pas dans le vide.
Ils s’inscrivent dans un contexte relationnel et sociétal largement dominé par des logiques de contrôle, de performance et de normalisation, où l’émotion, la sensibilité et la vulnérabilité sont rarement reconnues comme des forces.
Dans cette grille de lecture, on distingue deux grandes postures intérieures : (voir https://wetwo.fr/enfant)
- L’EPS (Enfant Perdu Sensible), encore relié à ses émotions, à l’empathie.
- L’EPV (Enfant Perdu Verrouillé), qui s’est protégé en coupant partiellement l’accès à ses émotions (principalement empathie coupée), souvent très tôt, pour survivre dans des environnements perçus comme menaçants.
L’EPV n’est pas un « bourreau conscient ».
Il agit depuis des modes de survie figés, parfois masqués par des attitudes socialement valorisées : maîtrise, autorité, rationalité, efficacité, bienveillance affichée.
Dans une société qui valorise majoritairement ces postures, le rapport devient asymétrique :
-la sensibilité est perçue comme un problème à corriger,
-l’émotion comme un excès,
-la remise en question comme une menace.
L’EPS, évoluant dans ces environnements, se retrouve structurellement exposé à l’écrasement, souvent sans que personne n’en ait conscience.
Ce contexte explique pourquoi ces situations se répètent, indépendamment des individus ou des intentions.
2 Pourquoi certains EPS développent des croyances pour survivre à l’incompréhensible
2.1 Préambule – un sujet délicat, une intention claire
Cet article ne cherche pas à invalider les croyances.
Il ne juge ni la foi, ni la spiritualité, ni les expériences vécues ou les croyances paranormales.
Il cherche à comprendre pourquoi certaines croyances émergent, de manière récurrente, chez des personnes profondément sensibles, empathiques, et pourtant systématiquement écrasées, dominées ou niées, malgré leurs efforts constants pour aimer, comprendre et pacifier.
Comprendre n’est pas attaquer.
Comprendre, ici, c’est redonner du pouvoir intérieur.
2.2 Quand la répétition devient insupportable à penser
Chez de nombreux EPS, on observe un même scénario :
-Ils font preuve d’empathie, de patience, de compassion, ils ont de la reconnaissance, apprécient la gentillesse du cœur, la gratitude.
-Ils tentent de comprendre, de s’ajuster, de réparer.
-Ils changent d’environnement, de relation, de posture.
-Et pourtant… le même écrasement se reproduit.
Avec des parents. Avec des enfants. Avec des conjoints. Avec des figures d’autorité.
Lorsque la personne sensible observe que l’écrasement se reproduit dans des sphères pourtant indépendantes les unes des autres, une perception vertigineuse apparaît : celle que tout se ligue contre elle.
Institutions, famille, travail, groupes sociaux, relations amicales semblent rejouer la même dynamique, parfois malgré des changements répétés de contexte.
En l’absence d’une lecture relationnelle et systémique claire, aucune explication rationnelle classique ne permet de rendre compte de cette répétition.
Une question à force devient obsédante :
« Pourquoi cela m’arrive-t-il encore, alors que je fais tout pour bien faire ? »
Le cerveau ne peut pas rester dans le vide si rien ou aucune grille de lecture cohérente n’est disponible, confronté à une incohérence prolongée, il cherche alors une cause hors du champ visible.
C’est dans cet espace que peuvent émerger des explications d’ordre spirituel, métaphysique ou religieux. Non par faiblesse, mais comme une tentative ultime de cohérence et de survie psychique.
La grille de lecture EPS EPV (voir article https://wetwo.fr/invisible) ne cherche pas à s’affranchir de ces croyances. Elle permet de comprendre pourquoi elles apparaissent, quel rôle elles jouent, et comment elles peuvent constituer un dernier souffle avant l’effondrement, la dissociation ou le verrouillage émotionnel vers lequel la société tend.
2.3 Le cerveau humain ne supporte pas l’absurde durable
Une souffrance ponctuelle peut être traversée.
Une souffrance répétée, injuste, incompréhensible, non.
Si le réel devient incohérent trop longtemps, le cerveau fait ce qu’il sait faire de mieux :
il fabrique du sens, même approximatif, même symbolique, même métaphysique.
C’est un mécanisme de survie, pas une faiblesse.
Sans explication, la douleur devient envahissante voir insupportable, l’identité se fragilise, l’espoir s’érode.
La croyance vient alors boucher le trou de sens.
2.4 La croyance comme anesthésiant existentiel
Chez certains EPS, apparaît une croyance particulière :
-« Si je souffre autant, c’est que je paie quelque chose. »
-« C’est le prix d’une autre vie. »
-« Il doit y avoir une justice ailleurs, plus tard, autrement. »
-« C’est mon karma »
-« L’Univers me teste »
-« J’attire ces expériences à cause de ma vibration »
-« Je dois souffrir car j’ai une mission »
-« Des entités ou des forces invisibles m’influencent »
-« Je suis éprouvé spirituellement pour évoluer »
Ces croyances peuvent coexister avec une grande lucidité et une réelle capacité d’analyse du réel.
Cette croyance a plusieurs fonctions vitales :
-Elle rationalise l’irrationnel.
-Elle transforme la victime en acteur moral.
-Elle donne une raison à la douleur, donc la rend supportable.
-Elle évite l’effondrement psychique.
Ce n’est pas une fuite.
C’est une béquille neurologique face à l’absence de réponse incarnée.
2.5 Pourquoi cette croyance apparaît surtout chez les EPS
Ce point est essentiel.
Les EPV, du fait de leur fonctionnement émotionnel différent (déconnecté), n’ont généralement pas recours à ce type de croyance. Ils ne ressentent pas la dissonance interne de la même manière.
L’EPS, ressent profondément, il perçoit les incohérences, il ne peut pas tricher avec son empathie, il voit la destruction de soi se produire quoi qu’il fasse.
Si l’EPS n’a pas accès à une grille de lecture relationnelle claire (EPS/EPV), il retourne la question contre lui-même.
La croyance devient alors une manière de dire :
« Le problème doit venir de moi, mais dans un autre temps, une autre dimension. »
C’est moins destructeur psychiquement que :
« Le monde dans lequel je vis est structurellement violent et injuste envers la sensibilité. »
2.6 La croyance n’est pas l’erreur, elle est le symptôme
Ce point est fondamental.
Le problème n’est pas la croyance.
Le problème est ce qui a rendu cette croyance nécessaire.
La croyance apparaît quand la souffrance est réelle, quand la reconnaissance est absente, quand la répétition est totale, quand aucune lecture relationnelle ne permet de comprendre ce qui se joue.
Autrement dit :
La croyance n’est pas une illusion naïve, c’est un pansement posé sur une plaie invisible.
2.7 Ce que change une grille de lecture incarnée
Avec la découverte d’une grille comme celle EPS/EPV, quelque chose bascule pour l’EPS :
-La répétition devient lisible.
-La responsabilité cesse d’être mystique.
-La souffrance n’est plus morale, karmique ou méritée.
-La situation répétitive quelle que soit le contexte (juridiction, institutions, famille, enfants, amis, parents…) devient lisible et compréhensible.
-Elle devient structurelle et relationnelle.
Et surtout :
l’EPS n’a plus besoin d’un ailleurs pour expliquer l’injustice d’ici.
L’espoir ne disparaît pas. Il change de forme.
Il devient concret, incarné, transformable.
2.8 Ne pas arracher la béquille, offrir un sol
Il serait violent et contre-productif de dire à quelqu’un :
« Ta croyance est fausse. »
La seule chose juste est de proposer autre chose :
-une lecture qui n’écrase pas,
-une explication qui ne culpabilise pas,
-une sortie qui ne nie pas la douleur.
La béquille tombe d’elle-même lorsque le sol devient stable.
2.9 Quand l’EPS croit être seul à vivre cela
2.9.1 De la douleur vécue comme personnelle à une réalité systémique invisible
Un élément central renforce l’émergence des croyances (telle que celle d’avoir vécu plusieurs vies) chez l’EPS :
la conviction intime d’être seul à vivre ce qu’il vit.
L’EPS ressent profondément.
Sa douleur est réelle, répétée, persistante.
Et faute de repères partagés, il en vient naturellement à penser :
« Si cela m’arrive encore, et dans différents lieux, situations, environnements, c’est que cela me concerne moi, personnellement. »
Cette perception est compréhensible.
Elle n’est pas un défaut de lucidité, mais une conséquence directe de l’isolement émotionnel (voir article https://wetwo.fr/harcelement pour comprendre cet isolement).
2.9.2 Quand la douleur devient silencieuse, elle semble unique
L’EPS ne voit généralement pas autour de lui des personnes capables de nommer clairement ce qu’il traverse.
-Au travail, il subit des formes de pression, de contrôle ou de dénigrement présentées comme normales.
-Dans les groupes, il ressent un malaise diffus, une mise à l’écart subtile (une invisibilisation), jamais assumée. (voir article https://wetwo.fr/invisible )
-Dans la famille qu’il crée ou celle dont il vient, il tente de préserver le lien, au prix de lui-même et très souvent c’est au prix de son écrasement.
Comme personne ne nomme ces mécanismes, comme ils sont rarement reconnus collectivement, l’EPS intériorise l’expérience.
Ce qu’il vit devient alors :
-non partageable,
-non comparable,
-non généralisable dans sa perception.
Il croit être un cas isolé.
2.9.3 Ce que l’EPS ne voit pas encore
Ce que l’EPS ignore souvent, c’est que de nombreux autres EPS vivent exactement les mêmes schémas, dans des contextes différents, avec des visages différents, mais selon une mécanique étonnamment similaire.
Ce n’est pas une fatalité individuelle.
C’est un dysfonctionnement systémique.
La grille de lecture EPS / EPV permet justement de comprendre que :
-Les comportements d’écrasement ne sont pas nécessairement voulus.
-Ils émergent de modes de survie anciens, figés, inconscients.
-Les EPV agissent depuis des protections rigides, souvent masquées.
2.9.4 Le piège des masques de bienveillance
Un point rend la situation encore plus confuse pour l’EPS.
Les EPV ne se présentent pas comme violents ou destructeurs.
Ils peuvent apparaître responsables, rationnels, bienveillants en surface, protecteurs dans leur discours.
Mais derrière ces masques peuvent se cacher des comportements de contrôle, une autorité rigide, des dénigrements subtils, une invalidation répétée du ressenti de l’autre.
Ce décalage entre l’apparence et l’impact réel est profondément déstabilisant pour l’EPS.
Il doute alors de sa propre perception.
Il cherche une explication en lui.
Et parfois, il cherche une explication ailleurs, dans une autre logique, une autre réalité.
2.9.5 La croyance permet de combler l’absence de lecture systémique
C’est ici que la croyance intervient.
Non pas comme une faiblesse.
Mais comme une tentative de cohérence face à une réalité devenue illisible.
Si l’EPS savait qu’il n’est pas seul, que ces schémas sont largement répandus, qu’ils obéissent à des mécanismes précis, alors la charge personnelle s’allégerait immédiatement.
La grille EPS / EPV ne retire rien à la profondeur humaine.
Elle redonne du contexte là où la douleur avait été vécue comme une singularité écrasante.
2.9.6 Ce que cet éclairage change profondément
Quand l’EPS comprend que ce qu’il vit est partagé par d’autres, ce qu’il subit n’est pas une anomalie personnelle, ce qu’il ressent est une réaction saine à un environnement dysfonctionnel, alors la croyance n’a plus besoin de porter seule le sens.
La douleur peut enfin quitter l’identité.
Et devenir un signal relationnel, lisible, transformable.
Un traumatisme ne définit pas une personne.
Il décrit une expérience vécue, souvent violente et parfois répétée, qui peut se rejouer à travers plusieurs systèmes non connectés.
C’est cette accumulation qui rend la souffrance, l’incompréhension et le sentiment d’injustice si forts.
La guérison reste possible.
Reconnaître que l’on a été victime, victime légale, victime réelle, victime d’un ou plusieurs systèmes, victime d’agression(s), d’écrasement(s) ou de système(s) injuste(s) n’est pas se figer dans une identité de victime. C’est une étape nécessaire pour sortir du déni et retrouver sa capacité d’agir.
Rester durablement dans une rationalisation spirituelle peut parfois figer le processus de reconnaissance, d’acceptation de transformation, de dépassement.
Même si certaines croyances peuvent alléger temporairement la souffrance, elles ne remplacent pas la nécessité d’un espace de parole sécurisé. Partager ce qui fait mal avec un proche de confiance, un thérapeute ou un professionnel de santé est parfois indispensable, surtout lorsque la souffrance devient envahissante ou dangereuse pour soi.
Dans certains cas, lorsque des croyances prennent une dimension de toute-puissance, d’élection ou de mission absolue, et qu’elles s’accompagnent d’une rupture avec le réel ou d’une souffrance accrue, il est important de les considérer comme des signaux d’alerte, nécessitant un accompagnement professionnel.
3 Comprendre permet de transformer la souffrance en libération
Certaines croyances naissent non pas d’un excès d’imaginaire, mais d’un défaut de reconnaissance du réel vécu. Quand nous donnons un sens cohérent à une souffrance partagée, elle cesse d’être un fardeau incompréhensible. Cela n’efface pas la foi, mais elle permet de la voir sous un autre angle : celui d’une libération intérieure, où chaque croyance trouve sa place et son sens, non pas dans la soumission à une souffrance injuste, mais dans la capacité à comprendre et à transformer cette souffrance. Cette approche ne renie pas la foi, mais offre une nouvelle liberté dans la manière de l’incarner, de la vivre, et de la transmettre.


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