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V01-08/26

Audio : Résumé et discussion autour de l’article

Comme dans la cour d’école, les enfants avaient déjà instinctivement repéré l’inversion accusatoire : « C’est celui qui dit qui est. » L’immaturité émotionnelle se donne ici à voir dans une magnifique pièce de théâtre.

Petite pièce de théâtre du ressac en sept actes.

Acte I – L’autoritarisme, premier visage de l’impuissance

Le pouvoir parle.

Il veut imposer ses conditions.

Dans les négociations commerciales avec le Canada, les États-Unis cherchent notamment à faire entrer dans la discussion certaines protections de la langue française et de la culture. Mark Carney refuse. Le 22 août 2026, il le dit publiquement : ces questions « n’ont jamais été à l’ordre du jour même si les États-Unis ont essayé jusqu’à la dernière minute de les inclure ».

Le rapport de force semblait simple.

Puis le réel répond.

Acte II – La limite

Le Canada dit non.

Carney suspend les négociations.

L’autorité rencontre alors quelque chose qu’elle maîtrise mal : une limite qu’elle ne peut simplement faire disparaître par la force.

Ce moment paraît banal.

Il est essentiel.

Car la puissance autoproclamée vient de rencontrer son impuissance, et le miroir de sa faiblesse.

Un miroir insupportable pour elle.

Acte III – Le miroir

Le réel renvoie une information très simple :

« Tu voulais imposer. Tu n’y es pas parvenu. »

Reconnaître cette limite permettrait de négocier autrement, de modifier sa position, peut-être même d’accepter qu’une volonté rencontre parfois celle d’un autre.

Une autre voie existe : tordre le réel pour protéger l’image de force.

Acte IV – Le ressac

Trois jours plus tard, Donald Trump déplace le sujet et nie toute volonté d’interférer avec le français au Canada.

Le sujet existe pourtant noir sur blanc. Carney affirme que les États-Unis ont tenté jusqu’à la dernière minute d’inclure la protection de la langue française et de la culture dans les négociations. Et le propre rapport officiel de l’USTR identifie la loi québécoise 109, qui impose notamment de promouvoir et prioriser les contenus francophones, parmi les obstacles commerciaux suivis par l’administration américaine.

Trump affirme alors aimer les Canadiens français, accuse Mark Carney d’avoir menti, puis choisit un mot pour qualifier le Premier ministre canadien :

« Weak ». Faible.

Le mouvement parti vers l’extérieur revient.

C’est le ressac.

Acte V – Le déni

Le fait qui revient menace le récit initial.

Alors le récit change.

« Je n’ai jamais voulu cela. »

Puis la parole de celui qui oppose la limite devient un mensonge.

La réalité cesse d’être une information à intégrer, elle devient quelque chose qu’il faut repousser pour préserver la représentation de soi.

Acte VI – La projection

Et surgit ce mot extraordinaire :

Faible.

Celui qui vient de rencontrer la limite de sa propre puissance appelle « faible » celui qui lui a résisté.

Dans la grille Vénoa, le retournement devient presque parfaitement visible : l’impuissance rencontrée menace l’image de force, elle rapproche le système de sa peur d’être lui-même considéré comme faible, donc vulnérable. Pour aller plus loin sur la grille Vénoa et le ressac : wetwo.fr

Alors « faible » repart vers l’autre.

Pour éviter d’être vu comme faible, le système anticipe cette accusation et projette sa propre peur sur celui qui lui résiste : il accuse l’autre d’être faible.

L’accusation éloigne momentanément le miroir.

Acte VII – Le faible

Il voulait montrer sa force.

Le réel lui a montré son impuissance.

Il a appelé l’autre « faible ».

Car reconnaître son impuissance aurait réveillé sa peur la plus profonde : être considéré comme faible et impuissant, puisqu’il n’a rien réussi à faire bouger, donc vulnérable.

Voilà peut-être le paradoxe de l’autoritarisme.

Il donne l’apparence de la force tant que le réel lui obéit.

Puis un jour, le réel répond.

Et le théâtre commence.

Celui qui vient de rencontrer sa propre impuissance appelle « faible » celui qui lui a résisté.

Rideau.

L’acteur offre finalement une pièce de théâtre bouffonnesque : il en écrit le scénario, joue tous les rôles, renvoie aux autres ce que le miroir vient de lui montrer, et semble ignorer qu’il est lui-même sur scène.

Sources :

Ouest-France, 25 août 2026, pour la réaction de Donald Trump et ses accusations contre Mark Carney.

Cabinet du Premier ministre du Canada, allocution de Mark Carney du 22 août 2026.

USTR, 2026 National Trade Estimate Report on Foreign Trade Barriers, section Canada, « Discoverability of French-Language Cultural Content »


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