La première émotion n’est pas intérieure : c’est le lien qui nous fait vivre

Table des matières
1 Redéfinir les émotions : retrouver le cœur oublié du lien humain. 2
2 L’erreur fondatrice : penser l’émotion dans un individu isolé. 2
3 Retrouver la racine : la première émotion est le lien. 2
4 Pourquoi cette émotion a été exclue des définitions officielles. 3
5 Ce que montrent les grandes études contemporaines : le lien comme déterminant du bonheur 3
6 L’émotion comme mouvement relationnel : une nouvelle définition. 4
7 Le lien comme matrice de toutes les émotions humaines. 4
8 Et les émotions « individuelles » alors ? La réponse à l’objection apparente. 4
9 Conséquences pour la société : les émotions relient, leur absence détruit 5
10 Conclusion : restaurer le lien pour restaurer l’humain. 6
V01-12/25
1 Redéfinir les émotions : retrouver le cœur oublié du lien humain l’émotion du lien
Nous croyons savoir ce qu’est une émotion.
Nous apprenons qu’elle est une réaction physiologique, un mouvement intérieur déclenché par un événement extérieur. La psychologie moderne, héritière des travaux de Darwin puis d’Ekman, en propose une définition simple : l’émotion serait une réponse automatique du corps, composée d’expressions faciales, de modifications physiologiques et d’une impulsion à l’action.
Selon cette vision, les émotions dites « fondamentales » seraient la peur, la joie, la colère, la tristesse, le dégoût, la surprise.
Ce cadre a été utile.
Il a permis de mieux comprendre ce que nous voyons sur un visage, ce qui s’active dans un corps, ce que l’évolution a mis en place pour survivre.
Mais ce cadre repose sur une omission colossale.
2 L’erreur fondatrice : penser l’émotion dans un individu isolé
Une omission qui a façonné toute notre compréhension de l’humain… en le réduisant à un individu isolé.
La science a décrit l’émotion dans un seul corps.
Elle a oublié l’émotion la plus fondamentale : celle qui circule entre deux êtres.
Car les émotions ne naissent pas seulement en nous.
Elles naissent entre nous.
3 Retrouver la racine : la première émotion est le lien
La première émotion qu’un être humain expérimente n’est ni la peur ni la joie : c’est le lien.
La sensation d’être perçu, tenu, accueilli, sécurisé par un autre être humain.
Avant même de pouvoir ressentir quoi que ce soit « dans son intérieur », le nouveau-né ressent la présence ou l’absence de l’autre. Son système nerveux ne sait pas s’autoréguler seul. Sans la résonance émotionnelle d’un adulte, il perd sa capacité à vivre.
C’est une vérité biologique :
Le corps du bébé ne peut se stabiliser que dans la présence d’un autre être humain.
Sa température, son rythme cardiaque, sa respiration, son état interne entier se régulent uniquement par la présence, le contact, la chaleur, la réactivité émotionnelle d’une figure d’attachement.
si le lien est là, il vit.
si le lien se rompt, il meurt.
La première fonction de l’émotion n’est donc pas d’alerter d’un danger.
La première fonction de l’émotion est d’assurer le lien vital avec un autre être humain.
La première émotion humaine est donc une émotion relationnelle, pas une émotion individuelle.
Une vibration qui traverse deux corps.
Une synchronisation profonde.
Une co-régulation.
Le lien est l’émotion fondatrice dont toutes les autres découlent.
La vibration relationnelle est invisible.
Elle ne se photographie pas.
Elle ne se code pas en radios.
Elle ne s’isole pas dans une IRM.
Elle se ressent.
Elle se vit.
Elle traverse.
Elle ouvre.
Elle guérit.
4 Pourquoi cette émotion a été exclue des définitions officielles
Elle est humainement essentielle, mais scientifiquement embarrassante.
Cette réalité, pourtant évidente, que la biologie du nourrisson a documentée depuis plus de cinquante ans, a été évacuée des définitions officielles parce qu’elle ne rentrait dans aucun protocole scientifique mesurable.
Elle impliquait la vulnérabilité, la dépendance, l’interdépendance émotionnelle – tout ce que la modernité occidentale ne voulait pas voir.
Alors, la science a découpé l’humain en un individu séparé.
Elle a étudié la peur, la joie, la colère…
mais elle a oublié le cœur.
5 Ce que montrent les grandes études contemporaines : le lien comme déterminant du bonheur
Et pourtant, toutes les grandes études longitudinales, dont l’étude de Harvard de 80 ans, dirigée par Robert Waldinger, arrivent aujourd’hui à la même conclusion, une vérité simple :
la qualité du lien humain est le premier déterminant du bien-être, de la santé mentale, de la longévité, de la résilience et de la joie de vivre, du bonheur.
L’humain n’est pas conçu pour vivre sans lien.
Le lien n’est pas un supplément.
Il est le fondement.
Ce qui prédit le mieux la santé, la joie, la longévité et même la résilience face aux maladies n’est ni l’argent, ni la réussite, ni le statut social, mais la qualité des relations humaines.
Autrement dit :
le lien est biologiquement vital.
Et les émotions sont les outils naturels du lien.
Alors, comment définir l’émotion sans partir de ce qui permet à l’humain de survivre, d’aimer, de créer, de penser, de se transformer ?
6 L’émotion comme mouvement relationnel : une nouvelle définition
Redéfinir les émotions implique donc de réaligner toute notre compréhension sur cette vérité simple :
Une émotion est un mouvement intérieur déclenché, nourri ou transformé par la relation à l’autre.
La première émotion humaine est le lien.
Toutes les autres émotions en sont les expressions dérivées.
L’empathie, la compassion, l’amour, la résonance affective – ces phénomènes que la psychologie refuse encore d’appeler « émotions « – constituent en réalité les expressions les plus fondamentales de la vie émotionnelle humaine. Elles ne sont pas des dérivés, des catégories à part, ou des « émotions sociales ». Elles sont la base. Elles sont la racine. Elles sont la première forme d’intelligence émotionnelle à laquelle le cerveau humain a accès.
Nous ne ressentons pas d’abord parce que nous avons un intérieur riche.
Nous ressentons d’abord parce que nous sommes traversés par l’autre.
7 Le lien comme matrice de toutes les émotions humaines
C’est dans ce lien que se forment ensuite toutes les émotions individuelles.
C’est le lien qui donne à la joie son intensité.
C’est le lien qui donne à la peur son sens.
C’est le lien qui donne à la colère sa fonction protectrice.
C’est le lien qui rend la tristesse traversable.
L’amour est l’état dans lequel le lien s’épanouit.
La compassion est l’extension du lien vers la souffrance d’autrui.
L’empathie est la capacité à sentir la vibration du lien.
Sans lien, ces émotions deviennent vides, mécaniques, parfois destructrices.
Avec le lien, elles deviennent vivantes, humaines, porteuses de sens.
Chaque émotion prend racine dans cette même matrice :
être affecté par l’autre.
Et affecter l’autre.
L’humain n’est pas un organisme isolé.
L’humain n’est pas un individu fermé sur lui-même.
L’humain ne survit, ne se construit, ne s’épanouit qu’à travers le lien.
La première émotion humaine n’est pas intérieure. Elle est relationnelle.
Elle n’est pas individuelle. Elle est partagée.
8 Et les émotions « individuelles » alors ? La réponse à l’objection apparente
On pourrait objecter : une émotion peut surgir sans aucune interaction humaine.
Je peux ressentir de la joie en voyant un papillon vivant.
De la tristesse en voyant un papillon mort.
De la colère en découvrant un arbre coupé.
De la paix devant la mer ou un paysage.
Ces émotions semblent naître en moi, sans relation directe à un autre être humain.
Pourtant, elles n’invalident pas la thèse du lien.
Elles la confirment.
Ces émotions deviennent possibles parce que le lien fondateur a eu lieu dans la petite enfance.
Un bébé entièrement privé de lien humain meurt.
Un enfant privé de lien humain survit parfois, mais il ne ressent plus rien.
La capacité même d’éprouver une émotion dépend du lien initial.
L’émotion individuelle est un fruit.
Le lien est la racine. On ne peut pas avoir l’un sans l’autre.
Ainsi, chez l’adulte, l’émotion peut resurgir dans la solitude, mais elle n’est jamais « arrachée » au lien.
Elle est la continuité d’un système émotionnel qui s’est construit grâce au lien.
Un papillon peut toucher. Un arbre abattu peut attrister. Un paysage peut émerveiller.
Mais ce sont des expériences qui mobilisent un système perceptif, affectif et neuronal structuré par le lien humain au début de la vie.
Sans lien initial, aucune de ces émotions n’existerait.
Un enfant privé de lien meurt en quelques jours.
Un adulte privé de lien ne meurt pas tout de suite.
Il meurt à petit feu : intérieurement, puis relationnellement, puis spirituellement.
C’est ici que la distinction devient essentielle :
-Le lien assure la survie biologique du bébé.
-Le lien assure la survie émotionnelle de l’adulte.
Sans lien, l’un meurt physiologiquement, l’autre meurt psychiquement.
Cela n’abolit pas les émotions dites « individuelles ».
Cela révèle simplement qu’elles sont des expansions tardives d’un mécanisme originel : l’émotion du lien.
9 Conséquences pour la société : les émotions relient, leur absence détruit
L’étude de Waldinger ne fait que confirmer ce que la biologie du nourrisson enseigne depuis toujours, ce que les traditions humaines avaient compris, et ce que nos sociétés verrouillées tentent de refouler :
l’humain ne peut s’accomplir qu’à travers un lien vrai.
Un lien qui ne triche pas. Un lien qui touche. Un lien qui affecte. Un lien qui relie.
Les sociétés meurent lorsque le lien meurt.
Elles renaissent lorsque le lien renaît.
Si ressentir l’autre est perçu comme un manque de maîtrise, il faut l’évacuer.
La société verrouillée ne peut pas reconnaître l’émotion relationnelle, car elle renvoie à la dépendance affective, à l’interdépendance réelle, donc à la vulnérabilité humaine, ce que l’EPV structurel ne peut pas tolérer.
10 Conclusion : restaurer le lien pour restaurer l’humain
Replacer le lien au cœur de la définition de l’émotion, c’est restaurer la vérité humaine la plus fondamentale. C’est ouvrir une nouvelle intelligence émotionnelle, libérée de la fiction de l’individu isolé.
C’est surtout rappeler une évidence que nous avions oubliée :
sans lien, l’humain meurt.
Avec le lien, il vit, il aime, il s’accomplit.
L’émotion du lien n’est pas seulement la base de la survie du bébé, elle devient la base du sens de la vie adulte.
Quand un humain perd le lien, il perd :
son orientation intérieure, sa perception d’exister, sa capacité à aimer, sa volonté de vivre.
C’est cela qui fonde la société humaine, avant toute loi, toute culture, toute institution :
le mouvement émotionnel partagé.
La vibration du lien.
La résonance.
Lorsque le lien se vit pleinement, l’humain s’épanouit.
Lorsque le lien se coupe, l’humain se dissocie, se verrouille, se durcit.
Et c’est précisément ce que le modèle EPS/EPV révèle (voir article wetwo.fr/enfant) :
l’EPS reste connecté à cette vibration première,
l’EPV en a été coupé, parfois pour survivre.
Se joue ici:
l’empathie → sentir l’autre,
la compassion → vouloir soulager l’autre,
l’amour → se relier à l’autre,
la sensibilité → être traversé par l’autre.
Toute la société est organisée pour empêcher ce lien, car ce lien est trop puissant, trop vrai, trop bouleversant.
Le cœur oublié de l’émotion, c’est donc le lien.
En le réintégrant, on donne sens à l’ensemble de la vie émotionnelle humaine, on ouvre la voie à une compréhension nouvelle de la souffrance, de l’amour, de la violence et de la guérison.
L’émotion n’est pas ce qui nous perturbe.
L’émotion est ce qui nous relie.
Le lien fonde l’humain.
L’humain fonde la société.
L’émotion du lien fonde la société.

Laisser un commentaire